Décrire un parfum

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    Kean
    Organisateur du Cercle Littéraire
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    Décrire un parfum

    Message par Kean le Mar 14 Juil - 9:36

    Décrire un Parfum
    Ou greffer un nez au bout de sa plume


    L'odorat n'est pas directement stimulé lors de la lecture – sauf si comme moi vous avez une édition de 1900 des Paradis artificielles qui sent encore le haschisch. De plus, l'odorat, contrairement à la vue et à l'ouïe, est souvent plus délicat à imaginer.
    Alors doit-on passer outre cet aspect omniprésent dans notre monde ? Vos personnages seront-il privés de quelques fragrances amoureuses et nostalgiques, ou de tous fumets appétissants ? Bien souvent, c'est le manque de vocabulaire qui devient une barrière aux descriptions olfactives lorsque ce n'est pas un oubli pur et simple de cette dimension des perceptions. Voici donc quelques pistes et quelques clefs pour dépasser le simple et déjà-vu « son parfum était si doux, si agréable » et apporter une nouvelle profondeur à vos environnements et à vos personnages.


    Décrire un parfum

    Un parfum s'articule traditionnellement en trois axes. En premier on va trouver les notes de tête. Ce sont les senteurs les plus volatiles, celles que l'on sent en premier et qui s'évanouissent en quelques minutes (quelques heures parfois). On découvre ensuite les notes de cœur, moins volatiles et qui révèlent la réelle identité du parfum, sa puissance et son bouquet. Enfin, on trouve les notes de fonds, plus lourdes et qui peuvent imprégner un vêtements pour plusieurs jours. Elles servent à la fois à équilibrer et à fixer le parfum. Chacune de ces parties est constituée d'un assortiment de senteurs.
    Au delà des notes olfactives, le parfum se compose d'un support (alcool, huile ou baume) qui lie, coordonne et influence l'expression de l'ensemble, et d'un fixateur (généralement les notes de fond).  


    Les différentes familles de senteurs utilisées en parfumerie


    • Les senteurs Hespéridées regroupent toutes celles à base d'agrumes : clémentine, citron, citronnelle, orange, mandarine, bergamote, pamplemousse, citron vert...  Ce sont des senteurs fraîches, légères et toniques, de caractère mixtes.

    • Les senteurs Florales sont issues, comme leur nom l'indique subtilement, de fleurs : rose, magnolia, jasmin, Ylang-Ylang, néroli, violette, fleur d'oranger, orchidée, moringa... Ce sont cette fois des senteurs très féminines, naturelles et douces, plus ou moins profondes en fonction de la fleur.  

    • Les senteurs Ambrées désignent les odeurs vanillées et légèrement épicées, considérées comme douces : benjoin, ambre, fève de tonka, vanille, labdanum, myrrhe... Ce sont des senteurs chaudes, riches et fournies, d'esprit orientale et exotique.

    • Les senteurs Aromatiques sont issues d'odeur d'herbes aromatiques parmi lesquelles on va trouver la menthe, le thym, le laurier, la lavande, le romarin, la marjolaine, la verveine, le basilic... Ce sont des senteurs naturelles, énergiques, considérées comme plutôt viriles. Mais ce sont aussi des senteurs que l'on retrouve en cuisine, et on imagine sans mal une femme dont les doigts seraient imprégnés d'odeur de romarin ou de lavande.

    • Les senteurs Vertes sont issues d'odeurs végétales : feuilles de violette, bourgeons de cassis, imitations de feuilles et d'herbe... Ce sont des senteurs naturelles et plutôt fraîches.

    • Les senteurs Fruitées regroupent les effluves issues des fruits jaunes (pèche, poire...), fruits rouges (fraise, myrtille,...), fruits exotiques (ananas, mangue, goyave...), pomme... Ce sont des senteurs sucrées, gourmandes, plutôt féminines et jeunes voire carrément enfantines.

    • Les senteurs Épicées sont celles issues principalement d'épices : poivre noir, noix de muscade, cannelle, coriandre, gingembre, clou de girofle, anis... Ce sont des senteurs denses, capiteuses, piquantes, parfois âcre et de caractères. Elles sont assez mixtes et affirmées.

    • Les senteurs Boisées parmi lesquelles on trouve le bois de cèdre, de santal, de siam, vétiver, patchouli, cyprès, mousse de chêne...  Ce sont des parfums chauds, puissants, secs et élégants, avec une forte connotation masculine.

    • Les senteurs Aquatiques évoquent l'eau et la mer. On compte parmi elles : le lotus bleu, la criste marine, l'ozone, le cyprès bleu, le melon... Elle sont tonifiantes, prenantes, fraîches, généralement masculines et plutôt jeunes.

    • Les senteurs Animales sont issues de matières premières d'origine animal : civette, musc, cuir... Ce sont des senteurs fortes, de caractères et considérées comme viriles.


    Un parfum est un peu comme une seconde peau, au même titre qu'un vêtement. Aussi, il faut garder à l'esprit qu'il ne correspond pas unanimement aux exigences de chacun : son choix dépend de l'âge, du sexe, du caractère et des goûts de la personne qui le porte. C'est en cela que, comme un style vestimentaire, notre parfum va révéler une part de notre personnalité et de nos désirs. Et il en va évidement de même pour vos personnages.


    Utiliser les odeurs dans la description

    Les choses et les êtres sentent. Outre le parfum, qui est « factice » produit d'un choix délibéré, et en plus de notre odeur naturelle, nous nous imprégnons malgré nous d'odeurs « sauvages » – bonnes ou mauvaises – issues de notre environnement et de notre style de vie. Il ne faut donc pas hésiter à vous interroger sur des petits détails concrets de la vie de vos personnages lorsque vous composez leur carte d'identité olfactive. Fume-t-il ? Vit-il avec des animaux ? Que mange-t-il ? Quelle est son odeur corporelle, à quoi peut-elle être associée en terme mélioratif ou péjoratif ? Quelle impression cela va-t-il donner ? Bien sûr, ce qui s'applique à un personnage peut aussi s'appliquer à un lieu, et bien le décrire participera à étoffer vos atmosphères et vos ambiances.
    Si on trouve concrètement assez peu d'adjectifs réservés exclusivement à la perception olfactive, vous pouvez tout à fait envisager d'aller en piquer aux autres sens ou de procéder selon vos propres analogies. Pourquoi pas un parfum acide, arrondi, rêveur, tranchant, rouge... Tout est permis !

    Et si vous êtes dubitatifs ou en panne d'inspiration, des solutions existent encore : lire Le Parfum de Patrick Süskind et/ou déambuler dans les rues, les marchés, les parfumeries la truffe haute et alerte en analysant et en essayant de nommer ce que vous percevez. Car le nez, c'est comme le palais : ça s'éduque à force d'expériences. Donc ne vous en faites pas si vous avez l'air d'un bichon maltais asmathique, vous avez la meilleure excuse de la terre à sortir aux impudents qui oseraient vous regarder de travers : vous écrivez un roman.





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